Je m’indigne, donc je suis

Dans une tribune de salon publiée aujourd’hui sur le site du JDD, Florian BACHELIER, Député LREM d’Ille-et-Vilaine dénonce « quatre décennies de tribunes de salon commises par les professionnels de la bonne conscience ».

En « renvoyant dos-à-dos KOUCHNER, COHN-BENDIT et TAUBIRA d’une part, et SALVINI, ORBAN et KURZ d’autre part », et en dénonçant « les professionnels de la bonne conscience prétendument de gauche qui n’ont empêché ni les 13000 morts en Méditerranée ni le retour des nationalistes dans toute l’Europe », le « député 419 » de la majorité présidentielle commet une double faute majeure, que son inculture politique ne saurait excuser.

La torpeur de l’été a peut-être altéré la mémoire de celui qui a pourtant des fonctions éminentes de Questeur au sein de l’Assemblée nationale, mais la politique migratoire impulsée par la majorité présidentielle devrait le contraindre à un silence profond. Au mois de juin dernier, le Président de la République s’était déjà tristement illustré en refusant de secourir les migrants de l’Aquarius et du Lifeline dans un port français. Il y a quelques heures, en se félicitant de n’accueillir que 60 des 255 migrants secourus récemment en mer par l’Aquarius et des garde-côtes maltais après « trois jours de négociation intense » (sic), le Président déshonore une nouvelle fois la tradition d’accueil et d’assistance pluriséculaire de notre République.

L’amalgame entre la percée électorale de l’extrême-droite à travers l’Europe et le funeste destin de 13 000 victimes qui ne cherchaient qu’à fuir la guerre et la misère sur leur continent afin de construire un avenir meilleur en Europe est indécent.

Peut-être Florian BACHELIER n’a-t-il pas eu vent de la politique menée au cours du dernier quinquennat par une majorité socialiste en la matière ? Suppression de la « circulaire Guéant », démantèlement de la « jungle de Calais », création de 20 000 places supplémentaires dans les centres d’accueil et d’orientation, contrôle des actes policiers dans les centres de rétention par le juge des libertés et de la détention, clarification des procédures de traitement des dossiers des demandeurs d’asile par une circulaire du Ministre de l’intérieur en 2012 et par la réforme du droit d’asile en 2015, mise en place d’un titre de séjour pluriannuel afin de faciliter l’insertion des migrants, accueil de 7 000 réfugiés syriens à l’automne 2015, etc...

Tout n’a certes pas été fait, mais la comparaison n’est pas flatteuse pour l’actuelle majorité.
Ce n’est pas la première fois que ce parlementaire en mal de notoriété s’en prend à l’ancienne Garde des sceaux : en février 2017, dans une lettre ouverte décousue et médiocre qu’il publiait alors en tant que référent départemental de son parti politique, il enjoignait Christiane TAUBIRA, dans une formulation peut-être malheureuse mais qui suintait avant tout les relents post-colonialistes, de « s’affranchir de ses propres chaînes ».

Mais la vraie raison de l’agitation médiatique estivale de cet archétype du godillot du nouveau monde, plus prompt à s’agiter sur les réseaux sociaux et à dispatcher la parole jupitérienne dans les médias qu’à exercer les finalités du mandat que les électeurs lui ont confié, trouve peut-être sa source dans son effarante improductivité législative.

L’an un du parlementaire BACHELIER, trop occupé à lutter contre François de RUGY (cf. l’édition du jour du JDD page 7), n’est guère reluisant : elle se résume à dix petites prises de parole (huit dans l’hémicycle, deux en commission), à une seule question au Gouvernement, à une question écrite également isolée, à l’absence de rédaction de toute proposition de loi et de tout rapport législatif, et à dix maigres co-signatures de propositions de loi.

Il convient toutefois de mettre à son crédit sa seule belle réussite, un formidable dossier de presse long de dix-huit pages – dont sept portraits de lui en pleine page – qui avait été réalisé en novembre 2017 par une agence de communication afin de vanter les mesures ... d’économies du budget de l’Assemblée nationale que le Questeur entendait présenter à sa nouvelle majorité !

Au fait, Messieurs DESCROZAILLE, M’BAYE, SAINT-MARTIN, GOUFFIER, BRIDEY, et Mesdames PETIT et GAILLOT, cautionnez-vous les propos de votre collègue ?

Jonathan KIENZLEN
Premier secrétaire fédéral