TGI de Créteil : « L’État fait tout pour nous oublier » !

L’audience en comparution immédiate qui a eu lieu ce vendredi au TGI de Créteil pour « violences aggravées » lors de la violente rixe qui a opposé les écuries des rappeurs Booba et Kaaris à l’aéroport d’Orly le 31 juillet a placé pendant quelques heures notre juridiction départementale au centre de l’attention médiatique.
Pour autant, cette mise en lumière temporaire ne doit pas faire oublier la réalité des choses : le TGI de Créteil, qui tourne en surrégime depuis plusieurs années, souffre d’un manque criant de moyens humains et matériels.

Ce sont près de 35 000 décisions de justice qui sont rendues chaque année par 130 magistrats, assistés de 260 greffiers. Ces chiffres bruts ne traduisent pourtant pas la réalité de la situation : les juges d’instructions doivent traiter chacun plus d’une centaine de dossiers et assurer le suivi d’une soixantaine de détenus, et il faut parfois attendre plusieurs années avant d’ouvrir certaines instructions.

Là où un jugement du Tribunal aux affaires familiales est rendu en trois ou quatre mois à Paris, il faut généralement une année pour la même tâche à Créteil, où au moins cinq magistrats et autant de juges d’application des peines manquent et où l’ouverture de nouveaux cabinets d’instruction est réclamée de longue date par tous les acteurs de la justice.

Les moyens matériels ne sont guère plus reluisants : les greffiers, qui apportent leurs propres fournitures pour pouvoir travailler, n’ont pas toujours le papier nécessaire pour imprimer les décisions de justice … Les fuites et les flaques à même le sol qui en résultent sont devenus un des signes distinctifs du bâtiment, au même titre que les salles d’audiences ouvertes aux quatre vents et non chauffées en plein hiver, ce qui s’avère particulièrement problématiques quand les audiences s’achèvent, comme il est fréquent, au cœur de la nuit !

Alors que la Chancellerie promet depuis l’été dernier de grands efforts de recrutement, rien n’y fait : deux syndicats de magistrats avaient d’ailleurs menacé de libérer des détenus provisoires à l’été dernier pour alerter la Garde des sceaux après un énième départ non-remplacé d’une juge d’instruction, et les avocats du Barreau du Val-de-Marne ont tenu une journée « justice morte » pour dénoncer le manque patent de moyens le 22 mars dernier.

La Fédération du Parti socialiste du Val-de-Marne, espère que le Gouvernement, qui n’obéit qu’aux injonctions médiatiques, prendra conscience de la situation du TGI de Créteil et lui affectera d’ici au 6 septembre, date de renvoi du procès, les moyens humains indispensables au bon fonctionnement du service public de la justice.