Repenser notre politique migratoire en France et en Europe

Créteil, le 7 juillet 2018.

Même si depuis 4 ans, la pression migratoire a considérablement diminué en Europe, contre disant toute réalité à une pseudo « crise migratoire », le contexte est marqué par une hystérisation médiatique du débat, menée par les tenants du « grand remplacement » et les droites nationalistes xénophobes. Notre mission, en tant que Socialistes, Européens, profondément humanistes et réellement idéalistes, est de proposer des solutions claires, conformes à nos valeurs, et efficaces à la crise.

Il convient d’abord de rappeler les engagements pris par la quasi-totalité des pays européens en matière d’asile politique. Le règlement Dublin III, qui prévoit que le pays responsable d’une demande d’asile est le pays par lequel le demandeur d’asile est entré en Europe, ne fonctionne pas. Mécaniquement, il engorge le dispositif d’asile des pays situés aux frontières européennes. Et dans le contexte actuel des milliers de réfugiés affrontent au péril de leur vie la traversée de la Méditerranée sans être sûrs de pouvoir bénéficier du droit d’asile dont ils pourraient éventuellement ressortir en tant que victimes de guerres, ou membres de minorités ethniques ou sexuelles discriminées par leur nation d’origine.

Trop souvent on ne les laisse pas remplir leur demande d’asile et on multiplie les obstacles administratifs en s’appuyant sur ce règlement Dublin III. C’est pourquoi il est nécessaire, comme l’a d’ailleurs demandé le Défenseur des Droits, de suspendre rapidement l’application du règlement Dublin III ou, à tout le moins, l’assouplir pour que chaque pays européen puisse se substituer au pays d’entrée en Europe et instruire dans de bonnes conditions les demandes d’asile.

Evidemment, le droit d’asile ne concerne tous les migrants et il faudrait améliorer considérablement la coopération Nord-Sud en consacrant une part plus importante de notre budget au développement des pays du Sud. La lutte contre les passeurs, qui profitent indûment de la misère des réfugiés, doit également devenir une priorité pour Frontex. Mais il faut être également attentifs à ne pas confondre, à l’instar du Président de la République, ces passeurs avec les militants qui, pour des raisons humanitaires légitimes, ouvrent leurs portes aux réfugiés, se substituant bénévolement à l’incurie des Etats. La récente décision du Conseil constitutionnel, consacrant le « principe de fraternité », et récusant en creux tout « délit de solidarité », est en ce sens à saluer.

Pour répondre à l’urgence, c’est à l’échelle des pays, de l’Europe, et du Monde, que se trouvera une solution à la crise que nous traversons, notamment lorsque l’on sait que la question des réfugiés climatiques sera la grande question de la fin de ce siècle. Nous y parviendrons en organisant dans les pays de départ et dans toute l’Europe des lieux de mise à l’abri équitablement répartis. Il faut aussi garantir la sécurité de corridors humanitaires depuis les pays d’où s’embarquent les réfugiés pour éviter ces naufrages en mer, et permettre de créer de nombreux lieux où l’accueil des réfugiés serait sécurisé et ouvrirait automatiquement la porte à un examen sincère et rigoureux des droits de ceux qui aspirent à l’asile.

La répartition des lieux d’asile devrait se faire en mariant la situation des réfugiés et les possibilités des Etats européens qui se répartiraient l’effort d’intégration sur la base de critères de population et de richesse. C’est pourquoi l’accord du Conseil Européen du 28/06/2018 ne peut être vue comme une réponse sérieuse et efficace, puisque reposant intégralement sur le bon vouloir de gouvernements nationaux, souvent rétifs à l’idée de prendre leurs responsabilités sur la question migratoire. L’Union Européenne a cette mission suprême de placer l’intérêt général de l’être humain devant l’intérêt particulier d’un sous-groupe d’Etats qui ne se sentent unis aux autres que quand le vent souffle de leur côté.

Parallèlement à toute politique migratoire, il faut préparer et organiser les mouvements secondaires et l’intégration de ceux qui ont vocation à s’établir en Europe en s’appuyant sur une politique volontariste des Etats en la matière, coordonnée(s) par l’Union, et en impliquant à grande échelle la solidarité de ceux de nos concitoyens qui se sentent concernés par ces mouvements de population, notamment grâce aux associations dont le travail est à saluer. La générosité des nôtres est plus puissante que ne le laissent croire les clameurs populistes de quelques xénophobes !