Associer les entreprises aux actions Nord-Sud pour le climat

Les pays du Sud portent les leviers de développement et d’innovation. De réels succès font aujourd’hui la fierté du continent. La réussite du « iHub » de Nairobi, pionnier en matière d’incubation dans les nouvelles technologies, ou le lancement réussi du Cardiopad de « Himore Medical », qui permet de relever et de transmettre à distance les paramètres cardiaques d’un patient, sont des exemples d’une Afrique en marche. Il existe, pour tous ces projets, un réel besoin en apport de capitaux qui est aujourd’hui, pour l’essentiel, envisagé sous le prisme de fonds liés à l’Aide Publique au Développement ou d’investissements d’ONG. Au lendemain de la COP 21, il est nécessaire d’envisager l’implication de la France dans une vision multidimensionnelle qui va au-delà de cette approche institutionnelle.

Il convient de réfléchir sur ce que nous pouvons faire afin de mobiliser plus d’énergies et de ressources. L’engagement du secteur public, ambitieux depuis 2012, doit être renforcé par de nouveaux leviers. Le secteur privé en constitue un. Nous pouvons l’activer en construisant les modalités de son implication directe dans les objectifs que se fixe la France pour le développement des pays du Sud. Il existe un réel intérêt stratégique à impliquer les grands champions français dans l’action globale pour le climat en direction des pays du Sud alors que leur puissance constitue un potentiel de développement de nouveaux marchés en Afrique autour de l’innovation environnementale : création de coopératives d’entreprises, soutien à des PME innovantes dans le cadre de chaines logistiques intégrées, investissement socialement responsable. Nous devons être présents dans ces nouvelles logiques de développement : incubateurs, pépinières, etc.

La volonté affichée de rapprocher la Caisse des Dépôts et Consignation et l’Agence Française de Développement va dans le bon sens. Au travers d’un conventionnement entre ces deux structures, elle renforcera le poids de l’APD et en fera un véritable outil de coopération et d’action. Ce rapprochement permettra de construire un grand pôle financier public, présent au niveau international. Cette ambition de notre pôle économique extérieur doit être mise au service de nos entreprises à l’international : incuber des petites entreprises africaines, les accompagner, les faire connaître, leur apporter leurs réseaux. Si localement le contexte des affaires peut s’avérer rugueux, nos champions protéiformes disposent des leviers d’une action coordonnée de la France vers ces pays. L’heure est au développement des modèles RSE (Responsabilité Sociale et Environnementale), nous y trouvons ici une ambition concrète. Le cahier « Entreprendre, travailler, s’accomplir » du Parti Socialiste donne des pistes d’actions : nouveaux écosystèmes numériques, économie collaborative, innovations de rupture.

L’environnement constitue un enjeu majeur de cette démarche. L’engagement des pays du sud dans l’accord de Paris a été historique. Par leur signature et par leur engagement chiffré de réduction des émissions de gaz à effet de serre, ils lui ont permis d’être universel, à la différence du protocole de Kyoto. En retour, les pays du Nord devront apporter une aide financière, notamment pour financer la transition énergétique. L’objectif est de permettre un développement « décarbonné » de ces pays, en promouvant un véritable transfert de technologies, afin d’assurer un développement dans le « patron de soutenabilité ». En ce sens, l’accord de Paris a marqué un moment capital : de nouveaux modèles de décisions et de financements, comme le Fonds vert, se sont construits afin de garantir des éléments de solidarité. La rencontre entre la Ministre de l’environnement et présidente de la COP21, Ségolène Royal, et Wanjira Maathai, directrice du Partenariat pour l’entrepreneuriat des femmes dans le secteur des énergies renouvelables montre l’intérêt de la France pour des modèles d’intervention novateurs, en complément de l’action de l’État et des collectivités territoriales.

La création de coopératives d’entreprises soutenues par les champions français, permettra de générer une multiplicité de PME locales, sous-traitantes de projets majeurs. Ces structures locales, adossées à nos grands groupes, permettront de promouvoir une meilleure intégration du risque lié à l’Afrique, tout en conservant un management local et intégré. Une telle offre pourrait s’inspirer, d’un point de vue de modèle d’investissement, de ce qui est mis en place par la Banque Africaine de Développement : analyse de Business Plans, accompagnement managérial notamment. En portant des projets d’un bout à l’autre de la chaîne, les champions français seront en capacité d’organiser les transferts de technologies dont les pays du Sud ont besoin, de fournir à la fois les services intellectuels, les sources de financement, mais aussi de sécuriser des débouchés aux projets mis en pépinière. Il s’agit d’une véritable vision gagnant-gagnant.

Benoit Joseph Onambele
Secrétaire national Nord/Sud
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